samedi 7 mai 2016

KAMASI WASHINGTON


The Epic
(Brainfeeder 2015)

La potion qui sort de ce chaudron aurait pu s'avérer bien indigeste au vu des ingrédients utilisés. Car The Epic c'est plus d'une vingtaine de musiciens sur chaque morceaux des cordes et des chœurs embarqués dans un maelström jazz cosmique et magique. Magique car se lancer dans un triple (en version CD) album de jazz de nos jours est suffisamment casse gueule pour que l'on applaudisse des deux mains le résultat passionnant de bout en bout. Kamasi Washington, saxophoniste de son état qui a notamment collaboré avec des musiciens aussi divers que Kendrick Lamar, Flying Lotus, Herbie Hanckok ou bien Snoop Dog est touché par la grâce. L'inspiration est présente tout au long de ces 17 morceaux. Pas d'expérimentation formelle ici, mais des phrasés mélodiques irrésistibles et une ambition constante au niveau des arrangements, la luxuriance de cet album rend chaque écoute passionnante tant les détails fourmillent. Le jazz présenté ici est libre, sorte de synthèse de ces 40 dernières années puisant aussi bien son inspiration dans le jazz mystique de Coltrane que dans les expérimentations plus funk des années 70, sans oublier quelques ballades ou morceau plus orchestrés lorgnant vers la bande originale de film. Les superlatifs manquent pour décrire un album ambitieux et diablement réussi.


 

mercredi 4 mai 2016

NOT WAVING

Animals
(Diagonal  2016)

Not waving c'est une peu comme si les groupes électroniques les plus rock du passé (Suicide ou encore Cabaret Voltaire première période) avaient été ingurgités puis recrachés pour un résultat sans concession. Mais nous sommes bien loin d'une quelconque relecture passéiste telle que les affectionne bon nombre de groupes de rock sans âme. Car c'est plus l'esprit qui est ici invoqué, une ADN commune qui donne 11 titres directs et efficaces à écouter sans modération. La basse est rugueuse à souhait, les samples caverneux et les sons électroniques bien acides. Une musique chaotique, immédiate et jouissive tour à tour ambient  comme sur Punch, synth punk comme sur Face attack ou carrément plus industriel comme sur Presenza immobile.

mardi 29 mars 2016

GETATCHEW MEKURIA & THE EX & GUESTS


Moa Anbessa
(Terp Records  2006)

Voici une rencontre hautement improbable que celle du musicien éthiopien Getatchew Mekuria et du groupe hollandais The Ex (épaulé ici par plusieurs musiciens). Getatchew Mekuria, né en 1935, est un saxophoniste reconnu comme un des musiciens majeurs de l'ethio jazz, style populaire durant les années 60 et 70 notamment mis à l'honneur dans Broken Flowers le film de Jim Jarmusch. The Ex est un groupe issu de la scène anarcho-punk d' Amsterdam (premier pas discographique en 1979) qui sévit depuis 35 ans et plus d'une vingtaine d'albums. Mais ne voir en The Ex qu'un groupe punk serait bien réducteur, tant les membres du  groupe se sont évertués au gré des rencontres à confronter leur son abrasif à de nouvelles idées.  C'est certainement pour cela que cet album qui aurait pu être bancal est une réussite étincelante, un disque plein d'énergie où l'on entend une cohésion rare.  L'album débute par Ethiopa Hagere, attaque frontale très punk remarquable avant de glisser vers des morceaux plus lents, plus groovy. Et même si cette guitare angulaire et une voix scandée sont indéniablement punk, les rythmiques utilisées et bien entendu ce saxophone à la fois suave et très brut tire l'ensemble vers l'ethio-jazz mentionné plus haut. Car Getatchew Mekuria est loin de faire de la figuration et porte véritablement l'ensemble de l'album. Compositions originales ou airs traditionnels revisités, enregistrements studio ou live, les onze chansons de Moa Anbessa s'enchaînent sans temps mort, onze réussites éclatantes pour un album de très haute volée.

vendredi 26 février 2016

ANDY STOTT

Faith in Strangers
(Modern Love 2014)

Avec Faith in Strangers, Andy Stott poursuit son chemin singulier au sein de la musique électronique et s'affranchit des conventions. "Violence" le second morceau en est la parfaite illustration. Il s'ouvre tranquillement sur quelques notes de basse et un grincement électronique (très industriel) avant l'entrée en scène d'une voix féminine (celle d'Alison Skidmore, largement présente tout au long du disque) à qui les effets de réverbération donne un côté fantomatique. Mais cette impression éthérée vole bien vite en éclat avec l'arrivée d'une rythmique dure et obsédante qui emmène le morceau bien loin de la première impression. "Violence" résume assez bien un album qui demande pas mal de patience (ou simplement d'être écouté) pour livrer tous ses atours. Car Faith in Strangers est passionnant de bout en bout, luxuriant, fourmillant d'idées, avec un travail au niveau de la production très personnel qui renforce l'originalité de la musique d'Andy Stott : les boîtes à rythmes aux sonorités très années 80 viennent télescoper des structures drum & bass, les voix tout à tour éthérées ou chuchotées luttent pour ne pas être submergées par des sons de synthétiseurs agressifs ou des rythmiques concassées implacables, les accroches mélodiques vont et viennent au gré de l'inspiration sans faille de l'artiste. Cet album comblera les amateurs de musiques électroniques subtiles et exigeantes mais mérite également d'être découvert par un public plus large tant c'est un plaisir de se perdre dans les méandres de ce disque qui se révèle hautement addictif. 


jeudi 11 février 2016

JC SATAN

 JC Satan
 (Born Bad Records - 2015)
  
Sur la première chanson de ce quatrième album , JC Satan semble reprendre les choses là où ils avaient laissé avec son précédent opus Faraway Land. A savoir un rock garage débraillé qui rue dans les brancards. Mais cette mise en bouche est trompeuse car si JC Satan n’a pas pour autant remisé l’électricité au placard ni totalement abandonné l’énergie brute, JC Satan, l’album, présente une musique bien plus contrastée. Les mélodies pop, autrefois submergés par les guitares et les hurlements, sont maintenant mises en avant avec parfois quelques touches psychédéliques comme sur Waiting for you où s'entremêlent sur plus de six minutes les guitares (à l'envers) et les cuivres. Mais attention si nos amis Bordelais se sont (momentanément ?) assagis, ils conservent tout de même une belle singularité grâce à des mélodies souvent obliques, des guitares fuzz qui dérapent allègrement et le mariage des voix masculine/féminine véritable marque de fabrique de JC Satan. Les influences sont multiples mais ne viennent jamais écraser des compositions qui regorgent de trouvailles soniques avec une mention spéciale pour ces lignes de basses qui soutiennent et enrichissent chaque morceau à la fois support rythmique et accroche mélodique. 


samedi 30 janvier 2016

PORTISHEAD


Third
(Island records 2008) 

Portishead, groupe emblématique du trip hop au côté de Massive Attack et Tricky, aura mis plus de dix ans à donner une suite studio à Portishead, leur second album éponyme.  A sa sortie en 2008, les attentes étaient énormes et l'on pouvait se demander si le groupe allait se contenter d'améliorer la formule (avec plus ou moins de bonheur) ou bien si il allait choisir de se réinventer. Et fort heureusement, Geoff Barrow, Beth Gibbons et Adrian Utley ont choisi la seconde voie. Et même si les morceaux à l'ancienne (excellents d'ailleurs) sont bien présents, le son est brut résolument rock et même post punk. Fini les samples qui portaient les morceaux placent aux guitares, à la batterie, aux sons électroniques vintage (on entend clairement les influences de Kraftwek ou même Silver Apples) et bien sûr à la voix si caractéristique de Beth Gibbons. L'album fourmille d'idées, part dans une direction pour mieux surprendre l'instant suivant.  Portishead a su se remettre en question et explorer de nouvelles directions sans jamais faillir, pour ce que je considère comme leur meilleur album.



CONTEMPORARY NOISE SEXTET

Ghostwriter's Joke
(Denovali Records 2011) 
Contrairement à ce que le nom de ce groupe polonais  pourrait laisser croire, il n'est absolument pas question de bruit mais de jazz. Un jazz classique mais chargé en énergie positive, fortement influencé par les musiques de films noirs des années 60. Les six musiciens ne cherchent ni à singer, ni à se démarquer, mais simplement à proposer d'excellents morceaux joués avec une énergie très rock, chaque instrument (batterie, piano, basse, cuivres, guitare) tirant son épingle du jeu tout en conservant une cohérence parfaite.  Car ce qui frappe ici c'est bien l'incroyable force qui se dégage de chaque composition, une force tranquille, maîtrisée. Les musiciens sont ici tous au service des morceaux, aucun d'entre eux ne cherchant à se mettre en avant.  Le meilleur exemple en est Morning ballet. Le fantastique deuxième morceau de Ghostwriter's joke propulsé par une ligne de basse imparable et une mélodie au saxophone parfaite est tout simplement irrésistible, mené à un train d'enfer et rebondissant d'idée en idée sans temps mort avec une évidence et une inventivité folle. Un groupe, qui de par ses origines, n'aura jamais de succès en dehors de ses frontières  mais qui mériterait pourtant une reconnaissance bien plus large au vu de la qualité de la musique proposée.